Un DCIM fait bien son travail quand ses données sont justes. Le problème est ailleurs : entre le DCIM, l’inventaire réseau, l’outil de tickets et les demandes clients, le travail se fait à la main.
Que fait un DCIM, concrètement ?
Un DCIM tient le registre physique de vos salles et calcule ce qu’il reste sur chaque axe de capacité.
| Axe | Ce que le DCIM décrit | Ce qu’il permet de répondre |
|---|---|---|
| Espace | Bâtiments, salles, rangées, baies, unités occupées et réservées | Où poser un équipement de 2 U ? |
| Énergie | Tableaux, départs, PDU, prises, chaînes d’alimentation A et B | Ce départ supporte-t-il une charge de plus ? |
| Froid | Zones, capacité de refroidissement par baie ou par rangée | Cette rangée peut-elle accueillir une baie dense ? |
| Câblage | Panneaux de brassage, câbles, chemins entre salles | Reste-t-il une paire libre vers la salle opérateurs ? |
| Actifs | Équipements, numéros de série, étiquettes d’inventaire, statut, dates d’installation et de retrait | Cet équipement est-il encore en service, et à qui est-il ? |
| Mesure | Relevés de consommation, températures, alarmes (si connecté aux équipements) | Ce que la salle consomme vraiment |
Le cadre de référence de ces notions est la série ISO/IEC 22237, pendant international de la série européenne EN 50600 sur les installations et infrastructures de datacenters. Elle fixe le vocabulaire et les classes de disponibilité ; elle ne dit pas quel outil utiliser.
D’où viennent les mesures d’un DCIM ?
Un DCIM ne mesure rien par lui-même : il interroge des équipements qui mesurent. Un onduleur expose tensions, charge et alarmes par SNMP, dans une base de gestion normalisée par la RFC 1628. Une PDU de baie publie le courant d’entrée, l’état des prises et la température, par SNMP ou Modbus/TCP selon le modèle. Les automatismes du bâtiment peuvent parler BACnet, la norme ASHRAE 135. Le DCIM collecte, compare à des seuils et déclenche une alarme. Si la supervision collecte déjà ces valeurs, décidez quel outil fait foi pour chacune.
Que ne fait pas un DCIM ?
Un DCIM ne sait pas ce qui tourne sur l’équipement, ni pour qui, ni ce qui casse si on le débranche. Ces informations vivent dans d’autres outils :
- l’inventaire réseau ou la source de vérité : adresses, réseaux virtuels, circuits, interconnexions logiques ;
- la CMDB ou l’inventaire applicatif : services, dépendances, propriétaires ;
- l’outil de tickets : demandes clients, interventions, changements ;
- la supervision : état réel, alarmes, historiques.
Le DCIM recoupe chacun de ces outils sur un point : l’équipement lui-même. C’est aussi là que les données divergent. Un serveur allumé sans service rattaché (le « serveur zombie ») occupe unités, puissance et froid : le DCIM le voit dans la baie, seul le rapprochement avec la CMDB ou la supervision dit qu’il ne sert plus. Une baie vendue dans l’outil commercial n’est pas réservée dans le DCIM.
Qu’est-ce qui reste à la main autour du DCIM ?
Le travail entre les outils reste à la main : chaque demande client traverse trois ou quatre systèmes, et quelqu’un recopie à chaque passage. Prenez une demande de colocation ou de raccordement :
- le client ou le commercial demande une baie, une puissance, deux raccordements ;
- quelqu’un vérifie l’espace et la puissance dans le DCIM, puis les ports libres dans l’inventaire réseau ;
- la réservation est posée dans le DCIM, le ticket d’installation ouvert dans l’outil de tickets ;
- après intervention, le technicien met à jour l’occupation réelle, souvent plus tard, parfois jamais.
Chaque étape est simple. L’enchaînement ne l’est pas, et c’est là que se créent les écarts : réservation oubliée, câble posé mais non documenté, puissance promise au-delà du départ. Ce sont ces passages entre outils que Hopwise Labs relie : des intégrations journalisées, sans double saisie, et aucune modification sans votre accord.
Comment choisir : éditeur, NetBox ou outil maison ?
Le bon choix dépend de ce que vous devez mesurer et de qui écrira dans l’outil, pas de la liste de fonctions. Sur « dcim datacenter », cinq des neuf premiers résultats viennent d’éditeurs (notre relevé des pages de résultats) : la comparaison qu’on y trouve est rarement neutre. Trois familles coexistent.
| Option | Exemples | Point fort | Ce qu’il faut prévoir |
|---|---|---|---|
| DCIM d’éditeur | Sunbird, Nlyte, Schneider EcoStruxure IT | Collecte des mesures, vues de salle, modèles d’équipements fournis | Licences, intégration avec vos tickets et votre inventaire réseau |
| NetBox comme source de vérité | NetBox, avec ses modèles de baies, réservations, alimentation et câbles | Un seul référentiel pour le physique et le réseau, API ouverte | Pas de mesure : relevés à importer et à rapprocher |
| Outil maison | Base et interface développées en interne | Colle exactement à vos processus | Maintenance, documentation, dépendance à une ou deux personnes |
Trois questions tranchent la plupart des cas. Avez-vous besoin de mesures temps réel dans l’outil, ou un import régulier suffit-il ? Votre inventaire réseau existe-t-il déjà, et dans quel outil ? Qui, chez vous, saura faire évoluer le modèle de données dans trois ans ?
Un point sur NetBox : sa documentation décrit tableaux électriques, départs, PDU et ports d’alimentation, avec pour chaque port une puissance maximale et une puissance allouée, et la réservation d’unités par usage ou par locataire. Il ne mesure pas, voir NetBox comme source de vérité.
Comment mettre en place un DCIM ?
Commencez par un état des lieux physique, salle par salle, plutôt que par l’import des tableurs existants : un tableur faux importé reste faux. Fixez ensuite l’auteur de chaque donnée avant d’ouvrir l’outil aux équipes. Arrêtez l’ancien registre le jour où le DCIM devient la référence : deux registres tenus en parallèle divergent. Un DCIM que personne n’a la charge d’alimenter est abandonné, quel que soit l’outil.
Comment garder les données du DCIM justes ?
Un DCIM reste juste si chaque donnée a un seul auteur et si un contrôle régulier compare le déclaré au terrain. Sans ces deux règles, il dérive en quelques mois, comme toute cartographie qui n’est pas tenue par l’exploitation.
Qui écrit quoi. Écrivez-le dans une table courte : l’équipe d’installation écrit l’occupation des unités et le câblage, l’équipe réseau écrit les ports et les circuits, le commercial ne fait que demander. Une donnée écrite par deux équipes finit fausse.
Le rapprochement. Comparez régulièrement le DCIM avec les sources qui observent le terrain : équipements vus par la supervision, adresses physiques vues sur les commutateurs, prises actives remontées par les PDU, numéros de série relevés à l’installation. Chaque écart devient une tâche avec un propriétaire.
Les contrôles à l’écriture. Refusez une réservation sur un départ déjà au seuil, un câble sans extrémité, un équipement sans baie. Ces contrôles coûtent peu et évitent l’essentiel des corrections.
La tenue de ces données fait partie du maintien en conditions opérationnelles : elle se planifie et se vérifie comme le reste.
Comment mesurer honnêtement la capacité restante ?
La capacité restante se calcule axe par axe, en retirant de la capacité utilisable le plus grand des deux chiffres : le réservé ou le mesuré. Trois notions se mélangent souvent :
| Notion | Définition | Source |
|---|---|---|
| Réservé | Ce qui est vendu, promis ou bloqué, consommé ou non | Contrats, réservations du DCIM |
| Consommé déclaré | Ce que la documentation dit installé (plaques, puissance allouée) | DCIM, fiches d’équipements |
| Mesuré | Ce que les compteurs relèvent réellement | PDU, compteurs de départs, supervision |
Le mesuré est presque toujours inférieur au déclaré, et le réservé au-dessus des deux. Vendre sur le mesuré, c’est promettre une puissance déjà promise. Vendre sur le déclaré, c’est laisser de la capacité payée inutilisée.
Deux règles rendent le chiffre défendable :
- utilisable n’est pas nominal. Pour l’utilisation maximale d’un départ, la documentation NetBox indique : « en général, on la fixe autour de 80 %, pour éviter de faire déclencher un disjoncteur lors des pointes de courant » (traduit de l’anglais). Écrivez votre seuil, par axe ;
- la salle est pleine dès qu’un axe l’est. Des unités libres sans puissance ni froid ne se vendent pas.
Le PUE est un autre sujet : il dit l’efficacité énergétique de l’installation, pas la capacité qui reste. Sa mesure est définie par l’ISO/IEC 30134-2 et détaillée dans le livre blanc n° 49 de The Green Grid.
En résumé
Un DCIM tient le physique. Choisissez l’outil selon la mesure dont vous avez besoin et selon qui écrira dedans. Fixez un auteur par donnée, rapprochez avec le terrain, et calculez la capacité restante par axe, sur le plus grand du réservé et du mesuré.
Questions fréquentes
DCIM, ça veut dire quoi ?
Data center infrastructure management : le logiciel qui décrit l’infrastructure physique d’une salle (bâtiments, salles, baies, unités, alimentation, refroidissement, câblage) et la capacité disponible sur chacun de ces axes. Il ne gère ni les serveurs ni les services qui tournent dessus.
Quelle différence entre un DCIM et une CMDB ?
Le DCIM décrit le physique : où est l’équipement, ce qu’il consomme, à quoi il est branché. La CMDB décrit les éléments de configuration et leurs dépendances logiques, jusqu’aux services. Les deux se recouvrent sur l’équipement lui-même, et c’est là que naissent les doublons à rapprocher.
NetBox peut-il servir de DCIM ?
En partie. NetBox modélise sites, salles, baies, unités, réservations d’unités, tableaux électriques, départs, prises et câbles, avec une puissance budgétée par port. Il ne mesure rien : les consommations réelles, températures et alarmes viennent d’ailleurs et doivent être rapprochées.
Comment calculer la capacité restante d’une salle ?
Sur chaque axe (unités, puissance, froid, ports), on retire de la capacité utilisable le plus grand de deux chiffres : le réservé (vendu ou promis) et le mesuré. La salle est pleine dès qu’un seul axe l’est, quel que soit l’état des autres.
Faut-il un DCIM pour calculer le PUE ?
Non, il faut des compteurs. Le PUE rapporte l’énergie totale de l’installation à l’énergie consommée par les équipements informatiques, selon des règles de mesure fixées par l’ISO/IEC 30134-2. Un DCIM peut collecter et afficher ces relevés ; il ne les remplace pas.
Sources
- Documentation NetBox : Power Tracking (tableaux, départs, PDU)
- Documentation NetBox : Power Feed (utilisation maximale d’un départ)
- Documentation NetBox : Power Ports (puissance maximale et puissance allouée)
- Documentation NetBox : Rack Reservations
- Documentation NetBox : Devices (numéro de série, étiquette d’inventaire, statut)
- IETF, RFC 1628 : UPS Management Information Base (mesures et alarmes d’onduleur par SNMP)
- BACnet International : BACnet, norme ANSI/ASHRAE 135 pour l’automatisation des bâtiments
- ISO/IEC 22237-1:2021, installations et infrastructures de datacenters, partie 1 : concepts généraux
- ISO/IEC 30134-2, indicateurs clés des datacenters, partie 2 : PUE
- The Green Grid, WP#49 : PUE, a comprehensive examination of the metric